2016

LA CHUTE DES ANGES REBELLES

Centrale for Contemporary Art - Box

24 March 2016 - 5 June 2016

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Pour son exposition à la CENTRALE.box dans le cadre de l’exposition CONNECTED, Dany Danino a réalisé une œuvre monumentale offrant une lecture métaphorique de la connexion. Fidèle à lui-même, il livre une composition intense, alliant virtuosité technique et rythmique époustouflante à partir de références philosophiques et historiques. En combinant la connexion mécanique à la connexion spirituelle par la thématique de la « chute des anges rebelles », l’artiste souligne l’inextricable questionnement de l’homme à la fois prisonnier de son enveloppe charnelle, éternel inventeur de nouvelles technologies toujours à la recherche de réponses métaphysiques. Il paraphrase le mythe des anges rebelles présent dans plusieurs mythologies religieuses et païennes qui évoquent la chute de l'ange rebelle telle que décrite dans un passage du Livre d'Isaïe : « Te voilà tombé du ciel, Astre brillant, fils de l'aurore ! Tu es abattu à terre, Toi, le vainqueur des nations ! Tu disais en ton coeur : Je monterai au ciel ; J'élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; Je m'assiérai sur la montagne de l'assemblée, A l'extrémité du septentrion; Je monterai sur le sommet des nues, Je serai semblable au Très Haut. Mais tu as été précipité dans le séjour des morts, dans les profondeurs de la fosse » Danino dépeint avec virtuosité cette chute foudroyante de l'homme et la lie au dessin minitieux et détaillé de machines à écrire, à coudre et de moteurs. Corps humains flottant dans l'espace, animaux qui semblent sortis de la géhenne mythique, machineries complexes ... se déploient comme autant d'anatomies puissantes qui subissent paradoxalement les affres de leur condition humaine. Temporalité et intemporalité, gravité et apesanteur, matérialité et spiritualité, finitude et infinitude s'entrechoquent et font surgir par le trait sur la toile et le papier l'intensité obsessionnelle de toutes les passions humaines. Danino réussit à transcender la pure représentation formelle et emporte notre regard dans un intense tourbillon graphique. Il nous emporte, nous sommes happés, connectés à notre propre condition humaine.

Carine Fol (Directrice artistique de La Centrale for Contemporary Art)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LISIER D'ENCRE

Musée Félicien Rops (Namur)

20 June 2016 - 5 September 2016

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"Un artiste ne choisit pas son chemin, il émerge malgré soi à force de tâtonnements et d'erreurs. Si quelque chose d'essentiel est à dire, cela se produit pas la grâce d'une forme de nécessité que l'on peut définir par un manque indéfinissable qui conduit à la rêverie de vouloir mesurer son être." Dany Danino

 

 

 

 

Désordre et destin

En 1674, un drapier de Delft, Antoni van Leeuwenhoek, invente un instrument qui permet de vérifier la pureté des étoffes : le microscope. Mais quelle n’est pas sa stupéfaction de découvrir, grâce à une lentille sphérique qui agrandit 300 fois, un monde insoupçonné, infiniment complexe. Émerveillé par le spectacle qui s’offre à lui, Leeuwenhoek place sous son microscope: patte de mouche, barbule de plume, oeuf de puce, pistil de fleur, cristaux de sel, poudre à canon, eau croupie, goutte de sperme. Apparaît tout un univers invisible à l’oeil nu, intriqué d’architectures délicates, d’algues translucides en suspension, de réseaux capillaires et d’arborescences aux ramifications vertigineuses, peuplé surtout de créatures bizarres, pourvues de cils et de flagelles, dont la mobilité montre que ce sont des êtres vivants. Un univers sans haut ni bas, sans droite ni gauche, qui semble échapper à la pesanteur et aux lois élémentaires qui régissent la vie des humains. Quelques années auparavant, la lunette astronomique de Galilée avait repoussé les limites du cosmos bien au-delà du visible, découvrant une infinité de monde dont chacun possède son firmament, ses comètes, ses soleils, ses planètes. L’homme, jusque là bien campé sur les certitudes que lui offraient ses sens, bascule entre les deux infinis pascaliens, – un point imperceptible à l’égard du tout, un monde à l’égard du néant.

La dernière série de lithographies de DanyDanino nous plonge au coeur d’un tourbillon métaphysique. C’est un bouillon de culture, dans les deux sens du terme. L’artiste, à travers le prisme de son instrument optique, montre la confusion du monde. Pas d’échelle à laquelle se raccrocher. Pas d’orientation privilégiée, pas d’horizon. Le sens de lecture est indifférent, d’ailleurs l’artiste dessine à plat, en tournant autour de sa feuille de papier. Aucune forme ne semble prévaloir. Seuls les bords de la feuille délimitent le champ d’observation. Certaines estampes soulignent même le caractère lacunaire de ces images : une portion est manquante, comme si le verre de la lentille optique était brisé ou ébréché. À l’intérieur du cadre imposé par l’estampe, c’est le chaos. Nous nageons dans le magma indifférencié des formes et des êtres. Les couches se superposent en filigrane. C’est un maelstrom de formes ,souvent fragmentaires, où se trouvent jetés pêle-mêle des carlingues d’avion, des salamandres, des maisons, des soldats de plomb, des corbeaux, des moteurs, des planètes, des plantes, le tout entremêlé de formes spectrales. Les différences de proportion s’empêchent toute lecture globale. Il faut regarder ces estampes de près et de loin pour découvrir dans la profusion inextricable des détails une forme identifiable, ou pour que transparaisse, comme une image subliminale, une tête humaine. Nous sommes retournés au monde des formes avant que celles-ci ne s’organisent en un espace hiérarchisé, nous baignons dans la soupe primitive, à moins que ce ne soit la préfiguration de la fin du monde : une vision d’apocalypse, et que la tête entrevue ne soit que les volutes d’une explosion atomique. Mais à contempler ces images chaotiques, un doute s’insinue. Peut-être est-ce le monde tel qu’il est – tel qu’il a toujours été –, et que l’image raisonnable que nous en avons n’est qu’un leurre de nos sens ou de notre imagination ?

Dans ses précédentes oeuvres Dany Danino nous rappelait qu’il ne faut pas se satisfaire des apparences. Ses corps-paysages évoquaient les anatomies fourmillantes de Paolo Mascagni et Antonio Serantoni, mais où la description attentive des organes aurait laissé place aux fantasmagories de l’esprit. Les corps semblaient avoir suivi un processus de maturation ou de décomposition qui en révélaient les secrets, merveilleux ou honteux. Reconnaissables encore à leur contour, ces charognes de rêve exhibaient leurs entrailles, offrant à voir un agglomérat de formes hétéroclites, d’organes improbables et de membres fantômes, mêlant le minéral, le végétal et l’animal, entrelaçant le passé et le futur. Les oeuvres de Dany Danino, lointaines héritières des portraits d’Arcimboldo,étaient une machine à casser la cohésion de l’atome humain pour montrer son irréductible hétérogénéité – une bombe à fission destinée à faire voler en éclats son noyau narcissique.

Mais dans sa nouvelle série d’estampes, aucun corps ne se dessine. Les images sont saturées de formes jusqu’aux bords de la feuille. Si elles sont à double lecture, elles seraient alors semblables à ces jeux de cartes postales éditées pendant la Grande Guerre montrant toutes les atrocités commises, et qui, assemblées en un certain ordre, composaient un portrait-charge du Kaiser. Mais ici le jeu est incomplet, nous ne saurons jamais de qui ces images sont la parodie, de quel tyran de l’esprit elles sont l’effigie. Nous demeurons face au chaos. L’intérêt que Dany Danino porte au désordre est assez rare parmi les artistes et les créateurs pour être souligné. Toutes les grandes religions, tous les grands systèmes philosophiques et presque toutes les grandes oeuvres se sont employés à mettre de l’ordre, à ranger, distribuer, classer, agencer, composer. Or le désordre est peut-être plus fécond que l’ordre, et à plus à nous apprendre. Il est une source d’interrogation permanente. Bossuet, cet autre contemporain de Leeuwenhoek, comparait la perception que nous avons du monde à celle qu’offrent les anamorphoses, ces jeux de perspective en vogue à l’époque : « La première vue ne vous montre que des traits informes et un mélange confus de couleurs, qui semble être, ou l’essai de quelque apprenti, ou le jeu de quelque enfant, plutôt que l’ouvrage d’une main savante. Mais aussitôt que celui qui sait le secret vous les fait regarder par un certain endroit, aussitôt toutes les lignes inégales venant à se ramasser d’une certaine façon dans votre vue, toute la confusion se démêle, et vous voyez paraître un visage avec ses linéaments et ses proportions, où il n’y avait auparavant aucune apparence de forme humaine.

C’est, ce me semble, Messieurs, une image assez naturelle du monde, de sa confusion apparente et de sa justesse cachée […].1 » En cela, Dany Danino serait un homme du xviie siècle, un contemporain de Leeuwenhoek et de Bossuet, un géant qui regarde à travers le prisme de son instrument optique la confusion qui règne à l’échelle humaine. Mais si, au xviie siècle, les anamorphoses offraient une image idéale pour montrer que l’ordre du monde ne peut se révéler qu’à partir d’un point de vue souverain, les oeuvres de Dany Danino sont sans point de vue à partir duquel la confusion se démêle, sans perspective de résolution, car le monde qu’elles décrivent est le nôtre, celui de la mort de Dieu, de la bombe atomique, de la faillite des grandes idéologies, de la perte du sens de l’Histoire. Elles sont – c’est ce qui fait toute leur force inquiétante – des énigmes sans solution, des figures de notre indécidable destin.

Philippe Comar

 

La chute des anges rebelles

La Chute des Anges Rebelles - Ball-point, felt-tip pen and pencil on canvas - 750 x 300

Chute des anges Rebelles

Chute des Anges Rebelles

Chute des Anges Rebelles

La Chute des Anges Rebelles (2015) - Lithography - 77 x 64 

Chute des Anges Rebelles

La Chute des Anges Rebelles (detail)

Chute des Anges Rebelles

Chute des Anges Rebelles

La Chute des Anges Rebelles (detail)

 Chute des Anges Rebelles

La Chute des Anges Rebelles (detail)

 Chute des Anges Rebelles

La Chute des Anges Rebelles (detail)

Chute des Anges Rebelles

La Chute des Anges Rebelles (detail)

Vitre Organes

Vitre Organes (2016) - Stickers on glass - 4m x 2m

Nightmare

Nightmare (2011) - Ball-point pen and lithography on paper - 100 x 120

Autoportrait

Autoportrait (2011) - Ball-point pen and lithography on paper - 100 x 70

Figures démultipliées

Figures démultipliées (2016) - Typography - 21 x 29

Lisier d'encre

Lisier d'encre (2011-2015) - Lithography on paper - 34 lithographies 120 x 100

Lisier d'encre

Lisier d'encre

Lisier d'encre

Lisier d'encre

Lisier d'encre

Lisier d'encre

Lisier d'encre

Moineau Pendu

Moineau Pendu (2016) - Print on paper with paint - 500 x 200

Salle 1 étage

Chute des anges rebelles

Chute des soldats de plomb (2014) - Lithography - 66 x 96.5

 Moteurs et chute de soldats I, II, III, IV (2014) - Lithography - 64 x 75.5

Poissons Combattants

Poisson combattant, phasme (2015) - Lithography - 32 x 26.5

Poisson combattant et chute de soldats (2014) - Lithography - 34.5 x 39

Poisson combattant (2014) - Lithography - 34.5 x 39

Foetus (2014) - Lithography - 35 x 49