2014

HOME SWEET BOMB

Maison des Arts de Schaerbeeck

& Hotel de Ville de Schaerbeeck

Feb 15 to March 15, 2014

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Home Sweet Bomb

L’écrin de la Maison des Arts dont la construction remonte à la première moitié du XIXème siècle recèle de nombreuses richesses dont des salons Louis XV et Louis XVI. Dans cet ancien foyer bourgeois qu’on s’imagine douillet, Dany Danino vient placer ses bombes ! Il nous fait découvrir toute l’étendue de sa technique révélée par son utilisation intempestive du stylo bille avec de nouvelles pièces spécialement conçues pour le lieu en interrogeant le statut et le rôle de telles images.

 

Pour la première fois, Dany Danino opère une sélection de ses travaux sur les champignons atomiques qu’il dissémine dans les différentes salles de la Maison des Arts, devenue aujourd’hui un espace dédié à la culture et spécifiquement aux arts plastiques. L’intérêt développé par l’artiste pour ces nuages de fumée toxique, conséquences des deux bombes nucléaires lancées en août 1945 à Hiroshima et Nagasaki, est d’abord formel pour ensuite révéler toute l’ambigüité qui existe entre la fascination et l’horreur liées à ces évènements.  

 

D’emblée, l’on se demande comment être captivé par cette création humaine symbolisant le mal absolu ? Hiroshima et Nagasaki témoignent, pour la première fois dans l’histoire, de la monstruosité atomique capable de détruire l’humanité. Günther Anders aborde l’effet déshumanisant de la bombe et s’interroge sur la manière d’agir face à ce phénomène en prônant un sursaut d’insurrection morale[1]. Le travail de Dany Danino, si l’on se réfère à l’ouvrage de Georges Bataille « La littérature et le mal »[2] et que l’on substitue à la littérature les arts plastiques, ne sert t-il pas à bousculer les spectateurs et à les confronter à un indéniable atavisme de l’homme pour le mal ? Faut-il voir la bombe nucléaire comme une alerte dont la conscience contribuerait à renforcer l’angoisse de l’homme vis-à-vis de la mort ? Mais au final, la peur de la mort n’est-elle pas celle qui nous pousse à aimer la vie et à la défendre?

 

Dans la production de Dany Danino, le motif de la bombe est parfois flou dans le sens où l’on peut imaginer d’autres origines à cette forme. Cette perturbation du regard est accentuée par les nombreuses techniques usitées dont la prédominante est celle du dessin au bic. L’artiste a trouvé par ce procédé un renouveau dans sa production artistique. Il allie sa maîtrise du dessin à cet outil populaire dont la commercialisation apparaît en 1950 et va envahir le quotidien de chacun. Le geste est plus aisé qu’au crayon puisque le stylo bille glisse sur la feuille en papier et le trait peut ainsi se prolonger à l’infini afin de rendre la densité du nuage atomique. Le ton est celui du bic bleu, couleur froide qui fige le nuage nucléaire pour nous entrainer paradoxalement vers la sérénité et le rêve évoqués par cette couleur. Une multitude de couches viennent ainsi se greffer à l’image médiatique de la bombe et placent le spectateur à distance d’une représentation familière pour mieux l’interroger.

 

Lorsque l’on pénètre dans le premier salon, on découvre des dessins au stylo bille sur papier qui se détachent des tapisseries vieillies par le temps. La contemporanéité de leur sujet contraste avec le lieu. Cependant, les travaux de l’artiste s’inscrivent assez naturellement  dans ses salons bourgeois. Les volutes savamment maitrisées de Dany Danino viennent prolonger l’esthétique raffinée du lieu.

Le deuxième salon aux tons roses donne à voir d’autres représentations de la bombe dont une de grand format, sur bâche imprimée à partir d’un dessin au bic sur papier. A la manière des tableaux anciens, les moulures forment un encadrement qui a dû mal à contenir l’image. En effet, le champignon nucléaire s’étend sur la surface rose et la déborde par le dynamise du tracé bleu dont le mouvement nous englobe. Cette toute nouvelle technique utilisée par l’artiste, l’impression sur bâche, témoigne de ses multiples recherches. Il exploite au maximum son sujet, le renouvèle sans cesse afin de questionner le statut de l’image. Le miroir du salon rose, en témoigne encore, par le dessin au feutre, exécuté à même la surface vitrée, qui se prolonge à l’infini par sa réflexion dans l’autre miroir du précédent salon.

 

Dany Danino puise les images des nuages atomiques dans les journaux et sur internet. Dans les vitrines de la bibliothèque, les photographies d’origines sont présentées aux cotés des premiers essais de l’artiste tentant de capter la subtilité de telles formes. La proximité entre le résultat final et le motif d’origine est frappant tant l’artiste nourri un va et vient frénétique entre cette image trouvée et le résultat fidèle qu’il tente d’obtenir. Si la technique et le contexte peuvent amener le sujet ailleurs, l’artiste s’attache à une exactitude maniaque face à cette forme dont les contours n’arrêtent pas de le captiver.  Toujours dans la bibliothèque, les dessins au bic des bombes ont fait disparaître les objets du savoir qui s’y logeaient comme un refus de voir la connaissance glorifiée face à ce qu’elle a pu engendrer.

 

Rarement approché, la salle à manger est également investie par des travaux de l’artiste. Il a inséré sous la vitre de la grande table en bois, la représentation d’une bombe obtenue par impression sur bâche. L’horizontalité de l’image amplifie son appréhension par la possibilité de son contournement. Les points de vue sont multipliés et le regard se perd dans les traits pour percevoir une infinité de projections. Cette présentation permet également de voir le grain du papier laissé visible par l’impression et de ramener la perception au travail d’origine sur papier. Dans une vitrine, une gravure à la pointe sèche vient également perturber l’aménagement de la salle. Placé dans une boîte en verre, le motif devient un objet inestimable sacralisé, l’antithèse du grand format déployé sur la table. Le dispositif traduit l’importance accordée par Dany Danino à la gravure. Technique plus laborieuse, elle n’est pas sans accointance avec le stylo bille qui comme la pointe sèche sur la plaque métallique inscrit le geste sans retour possible.

 

La dissémination des nuages nucléaires ne se limitent pas à l’écrin de la Maison des Arts, l’exploration de cette forme se poursuit dans la salle des pas perdus de la maison communale de Schaerbeek. Impressionnant par son format, le dessin au bic  vient surplomber le principal lieu de la vie administrative de la commune. Cette fois la forme du nuage est constituée par l’ensemble des figures familières du travail de l’artiste (visages expressifs, crânes, squelettes, bateaux, serpents, etc.) Ses obsessions s’entremêlent et révèlent dans la multitude des traits les affres du nuage atomique. Les usagers dont la patience est requise dans un tel lieu auront tout le loisir de décortiquer les contours de ce foisonnement et de méditer sur la menace nucléaire.

 

L’utilisation obsessionnelle du nuage atomique par Dany Danino témoigne de sa capacité à explorer inlassablement l’étendue de cette forme afin d’en révéler sa potentialité plastique. Elle incarne, plus que tous les autres éléments constitutifs du vocabulaire de l’artiste, une angoisse contemporaine dont la spécificité réussit à  élargir le panel des vanités traditionnelles peu souvent renouvelé. En ce sens, cette véritable manœuvre du champignon nucléaire consolide la production de l’artiste dans ce qu’elle a de plus fort et l’ancre comme une marque du plus important bousculement du XXe siècle capable, aujourd’hui encore, de mettre fin à l’humanité.

Nancy Casielles - February 2014

 


[1] Lire à ce sujet : ANDERS, Günther, L’obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, Paris, Editions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2001.

[2] « La littérature et le mal », essai de Georges Bataille publié pour la première fois en 1957.

Installation Hotel de Ville de Schaerbeek

Installation dans la Salle des Guichest de la Maison Communale de Schaerbeek "Le crâne est mon boulet" (2010)

Ball-point pen, felt-tip pen and ink on canvas - 550 x 215

Installation Hotel de Ville Schaerbeek

Home Sweet Bomb - Maison des Arts de Schaerbeek

Installation Salon Brun

Installation Salon Brun "Home Sweet Bomb III" - Print and ball-point pen on canvas - 228 x 133

 Mushroom on the mirror

Mushroom on the mirror (2014) - Felt-tip pen on mirror

 Atomic Cloud

Atomic Cloud (2013) - Oil on canvas - 160 x 110

 Atomic Cloud

Atomic Cloud (2013) - Oil on canvas - 160 x 110

Home Sweet Bomb

Installation Salon rose "Home Sweet Bomb I" (2013) - Print on canvas - 160 x 240

 Installation Bibliothèque verte

Installation Bibliothèque verte

Installation Bibliothèque verte

Installation Bibliothèque verte

Home Sweet Bomb VI

Mushroom VI (2013) - Ball-point pen on paper - 29,5 x 40,5

Mushroom 2

Mushroom II (2013) - Ball-point pen on paper - 40,5 x 29,5

Champignon atomique I

Champignon atomatique (2013) - Ball-point pen on paper - 29,5 x 40,5

La bombe qui ...

La bombe qui ... (2011) - Ball-point pen on newspaper - 40,5 x 29,5

Mushroom doc I

Mushroom doc I (2011) - Ball-point pen on photo-offset - 30 x 22,5

Affiche